L’Afrique subsaharienne face au défi de l’éducation : un modèle prédictif pour anticiper les besoins en formation des enseignants pour répondre aux objectifs 2030

Alors que la population en Afrique subsaharienne devrait atteindre les 1,3 milliards d’habitants d’ici 2030, le subcontinent fait face à des besoins d’enseignement sans précédent. La croissance rapide de la population d’âge scolaire (5–14 ans), projetée à plus de 30% dans la moitié des pays et jusqu’à 300% en République centrafricaine, constitue une pression continue sur les systèmes éducatifs pour absorber de plus en plus de jeunes à former.

Il est urgent de recruter et de former des enseignants pour répondre à ces besoins croissants. L’Afrique subsaharienne est confrontée à un réel enjeu de pénurie d’enseignants — illustré notamment par un ratio élèves/enseignant, indicateur de la qualité des conditions d’apprentissage, qui dépasse dans la plupart des pays le « seuil maximal souhaitable » de 40:1 défini par l’Unesco et demeure largement au-dessus de la moyenne de l’OCDE.

Mais il ne suffit pas de recruter massivement pour résoudre le problème.

Au cours des dernières années, les politiques de recrutement massif des enseignants ont contribué à abaisser le niveau de qualification moyen du corps enseignant du fait de l’augmentation de la proportion de contractuels par rapport aux fonctionnaires. La pénurie d’enseignants se double donc, aujourd’hui, d’un réel problème de formation des enseignants. En 2019, la proportion d’enseignants ayant les qualifications minimales requises était de 65% dans le primaire et 51% dans le secondaire au niveau régional[1]. C’est donc bien la formation des enseignants qui se situe au cœur des défis actuels pour les gouvernements africains afin de concilier massification et qualité de l’enseignement.

Part des enseignants formés dans le primaire et le secondaire, 2019

Or les estimations relatives aux besoins des enseignants se basent uniquement sur des projections d’ordre quantitatifs et ne considèrent pas des éléments clés tels que le niveau de qualification des enseignants recrutés ou encore la nécessité de réduire le ratio élèves/enseignant. Ainsi, l’Unesco chiffre ainsi à 6,3 millions et 10,8 millions le nombre de nouveaux enseignants qui devront être recrutés, respectivement dans le primaire et le secondaire, pour atteindre l’enseignement universel en Afrique subsaharienne d’ici 2030. A combien monteraient ces estimations si l’on intégrait la dimension qualitative ?

Dans les projections de l’Unesco, un pays comme le Niger est présenté comme à même de combler sa pénurie d’enseignants entre 2020 et 2030. La situation actuelle au Niger, où seulement 11% des enseignants du secondaire et 66% des enseignants du primaire sont formés et où la population d’âge scolaire devrait augmenter de 82% d’ici 2030 — laisse penser que ce rattrapage, s’il a bien lieu, risque de se faire au détriment de la qualité de l’éducation.

Pour objectiver les besoins réels, nous avons développé chez EFFIOS un modèle prédictif des besoins en formation d’enseignants en Afrique subsaharienne d’ici 2030. Ce modèle se base sur l’état de la formation des enseignants et du nombre d’enfants scolarisés, et prévoit une évolution progressive vers des systèmes où en 2030 les pays auront atteint leurs objectifs : scolarisation universelle, taux de formation des enseignants à 100%, ratio élèves/enseignant à 25 :1 au primaire et 20 :1 dans le secondaire, et un taux d’attrition des enseignants à 2%, équivalent à la moyenne des pays à revenus intermédiaires.

Nous avons appliqué à ces entrants des hypothèses en termes de durée de formation :

  • Formation initiale : 300 heures (dans le primaire comme le secondaire)
  • Formation continue : 18 heures dans le primaire et 21 heures dans le secondaire

Les projections réalisées sur 2020–2030 dans quatre pays sur la base de ce modèle révèlent des besoins considérables en formation des enseignants :

Ce type de modèle prédictif offre des pistes intéressantes pour piloter le recrutement et les dispositifs de formation des enseignants en Afrique subsaharienne. Il remet notamment en perspective les gains potentiels liés à la digitalisation d’une partie de la formation des enseignants : si la numérisation permettait de remplacer à bas coût ne serait-ce que 10% des heures de formation, cela concernerait très vite plusieurs millions d’heures. Cela ne laisse aucun doute sur l’intérêt d’accélérer la digitalisation des dispositifs de formation pour former plus d’enseignants, plus rapidement, et à moindre coûts, et ainsi mieux absorber les besoins considérables en formation. Dans le contexte africain, le contexte technologique mûr du mobile offre de réelles opportunités pour mettre en œuvre cette digitalisation.

[1] http://uis.unesco.org/sites/default/files/documents/world_teachers_day_fact_sheet_2020-fr.pdf

E-education consultant @EFFIOS / Sciences Po Paris graduate / #edtech #education #policy

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